Billet d'humeur

Lettre à un mal-aimé pour mieux aimer

Salut toi, mon compagnon de route, mon pote de régiment.

Il est 22 heures passées, un vendredi de non sortie et de maladie. Une bonne heure pour t’écrire, en somme.

Pour enfin en finir avec l’addition. Régler mes comptes.

Je ne t’ai pas choisi, on ne m’a pas demandé mon avis. En clair, j’ai fait avec, sans grand enthousiasme non plus.

Pendant longtemps.

Tu étais maladroit, tu as grandi trop vite. Tu étais comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Tiens, c’est marrant cette comparaison.

Mon prénom signifie la grâce, en insistant sur le a et avec c. Sinon, c’est un tout autre spectacle. Disons qu’on se rapproche plus de Fantasia que du Lac des Cygnes. À moins d’y être Le vilain petit canard.

Ne le prend pas comme une insulte, je te le dis sans amertume.

Je te le dis juste comme ça, pour regarder les choses en face et pouvoir avancer. Les complexes ce ne sont que des bou(rre)lets aux pieds et un poids sur les épaules.

Les tiennes sont fortes, on peut encaisser. Tenir le coup, tenir le choc.

Ça me fait drôle de t’écrire. C’est comme si je renouais avec toi alors que je te vois tous les jours.

Mais, je ne te regardais plus.

Pas par dégoût. Ou pas le mien.

J’ai longtemps cru que je t’aimerais davantage si. Avec des un peu plus ou des un peu moins. Que je ne pouvais pas t’aimer comme ça.

Pourtant, force est de constater que tu m’as toujours rendu service.

Tu t’essouffles pour me dire de me bouger, tu as des crampes quand je manque de magnésium, tu te contractes une fois par mois pour te soigner comme au temps où on pratiquait des saignées, tu manges de tout, avec un plaisir mitigé, certes. Mais, tu me permets de tenir debout, devant mon miroir et de me rappeler que malgré les bas, tu as toujours été là. Fidèle.

Réagissant à la moindre de mes émotions, disparaissant à certains moments pour laisser ce trop plein de sentiments faire leur bonhomme de chemin et emporter avec eux un peu de mon amour propre.

Et puis tu revenais, comme un matin d’hiver où le soleil se fraye un chemin entre les rideaux et te laisses deviner la lumière éclatante d’un jour de neige. Tu réapparaissais sûr de toi, de moi pour que ce matin ne soit pas le même qu’hier. Qu’il soit meilleur.

Tu me renvoyais un reflet qui me criait de m’apprendre à t’aimer. Surtout, parce qu’en vrai je m’aime déjà. Et qu’il n’y a rien de mal à ça. Qu’en fait, c’est tout ce qui importe, s’aimer soi, t’aimer toi, m’aimer moi. Si au passage d’autres m’aiment aussi, c’est bien. Ce n’est pas le but. Je veux qu’ils m’aiment parce que je t’aime comme tu es. Je ne veux pas d’amour avec des si, des reproches et de la non-estime de soi. De toi.

Alors oui, tu pourrais être un peu plus ou, un peu moins. Mais, je le pourrais aussi.

Te demander de changer pour que je m’aime mieux, ça ne marche pas. Ça ne marche jamais.

Surtout, que si je me pose 5 minutes – non ok, une bonne demi-heure – devant le miroir, je réalise que ne déteste pas ce que je vois. Au contraire.

Tu transportes avec toi mon fardeau. Comme des stigmates de la vie, de ma vie. Tu es rempli de mes blessures, de mes doutes et de mes forces. Il n’y a rien à ne pas aimer chez toi. Sans doute, y-a-t-il trop à aimer ? Et comme on dit chez moi, mieux vaut trop que pas assez.

C’est dans ton bas ventre que se situe ma confiance en moi, mon centre de gravité. Tu sers tes abdos, non pas pour rentrer ton ventre mais, pour te stabiliser. Pour avoir de la posture de la présence. Et le reste suit. Tes épaules se redressent, ton menton se lève effaçant se trop plein de peau. Tu souris.

Te voir comme ça, à demi nue, émue et pourtant pas vulnérable. Je te crie que je t’aime et te demande pardon.

Je t’ai maltraité, mal aimé.

Mais, cher corps, c’est fini.

Je te rhabille de mon jean noir moulant délaissé depuis trop de temps au profit d’un jean baggy. Je t’enfile un haut semi transparent qui laisse deviner une lingerie en dentelle. Et je te mets du rouge aux lèvres, pas pour me sentir belle mais, pour continuer. Pour ne plus te cacher.

Cher corps, je t’aime.

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